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La politique numérique suisse fait fausse route

Adrienne Fichter

Adrienne Fichter est numérique et politique jusqu'au bout des ongles: politologue, cofondatrice de politnetz.ch, rédactrice du magazine en ligne «La République», éditrice et co-auteur du livre «La démocratie du smartphone» et professeure de narration numérique à la Haute école de Saint-Gall.

La vitesse de la politique fédérale est notoirement lente. Nous agissons toujours avec prudence et avec une aversion au risque. Par contre, une fois les décisions prises, elles font leurs preuves. Et c’est justement dans la politique numérique que ce principe est sapé. Le vote électronique doit arriver en 2019, «l’eID» en 2021 et l’e-collecting aux calendes grecques. Telle est la feuille de route du Conseil fédéral. La confédération prend donc un chemin diamétral en matière de démocratie numérique et s’empêtre dans des contradictions avec son argumentation.

Car la numérisation politique de notre pays est précisément inaugurée avec le projet le plus risqué: le vote électronique. La Chancellerie veut imposer le vote électronique par tous les moyens. Bien que le Chaos Computer Club ait attiré l’attention sur les risques devant les caméras de la télévision suisse. Et malgré le fait que des pays tels que la France et l’Allemagne aient revu leurs ambitions en matière de vote électronique à la baisse en raison des risques de piratage.

Et il n’y pas que ça. L’approche semble contestable du point de vue démocratique: l’adaptation dans la loi fédérale est seulement en cours et il sera malgré tout donné la possibilité aux cantons d’expérimenter volontairement le vote électronique dans le cadre d’une opération pilote, durant l’année électorale 2019. Précisément pendant l’année où tout se joue et où les jalons seront posés au parlement pour les quatre prochaines années.

Ne serait-il pas plus logique de commencer par les bases?
Adrienne Fichter

La Chancellerie justifie l’enclenchement du turbo en évoquant les 750 000 Suisses vivant à l’étranger. C’est eux qui auraient le plus besoin de voter par internet. Parce qu’ils ne recevraient pas leurs documents de vote à temps. C’est peut-être vrai, mais le vote électronique actuel ne se fait pas encore sans papier. Sans les codes de vérification envoyés par la poste, le citoyen électeur ne peut pas se connecter.

N’aurait-il donc pas été plus logique de commencer par les bases? Par exemple avec une identité d’État numérique pouvant être utilisée pour certains services publics et élargie progressivement?

Sur ce sujet, la Confédération n’est soudainement plus très pressée. Ce n’est qu’en 2021 que nous devrions pouvoir surfer sur le net de façon certifiée par l’État. Le Conseil fédéral s’est opposé pour la énième fois à l’e-collecting, à savoir à l’initiative populaire numérique. Paradoxalement, son argument principal était le même que celui des opposants au vote électronique. Dans la justification par rapport à la motion du conseiller national UDC Franz Grüter, il répond: «Par ailleurs, les systèmes de collecte électronique doivent protéger les électeurs contre le risque que des logiciels malveillants n'utilisent leurs éléments d'identité à leur insu et contre leur volonté.» Les geeks du Chaos Computer Club ne venaient-ils pas de mettre en évidence comment il était possible, à l’aide d’une simple simulation, d’orienter des électeurs sur un faux site préjudiciable?

Un changement de cap concernant cette «logique d’évolution» erronée est urgent. Pourquoi ne pas commencer petit? Et recourir à des vertus helvétiques, telles que la subsidiarité et le fédéralisme? Les communes et les cantons pourraient faire office de laboratoires pour des projets pilotes. Par exemple en testant de nouveaux instruments, tels que le budget participatif sur le net, en rendant numériquement transparentes les données de vote des parlements cantonaux ou en lançant un «réseau social pour les consultations». Une fois les enseignements tirés, le niveau immédiatement supérieur peut alors être envisagé. La numérisation de l’une de nos institutions les plus sacrées, la démocratie directe, doit être l’objectif ultime. Et non pas le premier.